Bon chevalier masqué qui chevauche en silence

Bon chevalier masqué qui chevauche en silence,
    Le malheur a percé mon vieux coeur de sa lance.

    Le sang de mon vieux coeur n'a fait qu'un jet vermeil
    Puis s'est évaporé sur les fleurs, au soleil.

    L'ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche
    Et mon vieux coeur est mort dans un frisson farouche.

    Alors le chevalier Malheur s'est rapproché,
    Il a mis pied à terre et sa main m'a touché.

    Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure
    Tandis qu'il attestait sa loi d'une voix dure.

    Et voici qu'au contact glacé du doigt de fer
    Un coeur me renaissait, tout un coeur pur et fier.

    Et voici que, fervent d'une candeur divine,
    Tout un coeur jeune et bon battit dans ma poitrine.

    Or, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,
    Comme un homme qui voit des visions de Dieu.

    Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête,
    En s'éloignant me fit un signe de la tête

    Et me cria (j'entends encore cette voix) :
    " Au moins, prudence ! Car c'est bon pour une fois. "
Paul Verlaine


Article ajouté le 2009-05-27 , consulté 12 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " poèmes choisis "

Imprimer cet article

Retour aux articles